Soutenez l'association Cinewax ! Rejoignez notre plateforme de films africains en ligne (-50% en recommendant un ami)

She Paradise : un court-métrage made in Trinité-et-Tobago

She Paradise est un court-métrage de fiction réalisé par Maya Cozier en 2019. Le film suit Sparkle, une jeune femme de 17 ans, en quête d’émancipation, cherchant une source de revenu à la hauteur de ses envies d’aventures. En essayant d’intégrer une équipe de danse professionnelle de soca, à l'esprit libre, elle fait des rencontres séduisantes mais troublantes, dont celle de Mica. Dans les dédales de la vie nocturne de Trinité-et-Tobago, où se mêlent sexe et argent, Sparkle apprend peu à peu à assumer qui elle est et ce qu’elle veut devenir.

 

La soca, plus qu’une danse : une façon d’affronter le monde 

À l’origine, She Paradise est un long-métrage qui rencontre un succès international avec notamment une sélection au célèbre Tribeca Film Festival 2020. Si la version longue a beaucoup plu, c’est parce que la version courte du film a été largement diffusée et appréciée du public. Conçu pour donner un aperçu du long-métrage et susciter l’intérêt du public, ce court-métrage a tout de suite séduit une large audience. Le long-métrage a donc été réalisé avant le court-métrage, ce qui apporte à ce dernier une richesse et une densité captivante. Le point de départ de l’écriture de She Paradise, c’est l’envie de raconter une histoire ancrée dans le territoire des Caraïbes et plus spécifiquement dans le pays de la réalisatrice : Trinité-et-Tobago.

Ayant travaillé comme danseuse et chorégraphe pour des vidéoclips et des émissions de télévision, Maya Cozier a rapidement l’idée d’écrire un film qui traitera de danse, de femmes, de solidarité au sein de la culture de son île. Avec sa co-scénariste Melina Brown, elles démarrent une série d’interviews de plusieurs femmes, des danseuses pour la majorité. Ces interviews ont été décisives, car elles ont nourri le scénario avec des caractères, des peurs, des aspirations et des douleurs plus organiques et précises. 

Elle-même danseuse, Maya Cozier raconte la sororité et la découverte de soi à travers la soca, danse emblématique des îles Trinité-et-Tobago, au cœur d’une société marquée par la précarité économique et de forts rapports de pouvoir entre les sexes.

Née de la contraction de soul et calypso, la soca est l’âme de Trinité-et-Tobago depuis les années 1970. Cette danse caractérisée par des acrobaties féroces et une sexualité audacieuse, est l’ancêtre du funk, du dub, et du reggaeton. À travers elle, s’exprime la sublimation de la souffrance accumulée depuis l’époque de l’esclavage, la solidarité, et la rencontre intime avec autrui.

Mais ce qui rend intéressante l’intrigue, c’est la connexion et les liens que nouent Mica et Sparkle en dehors de la scène, à l’écart du show. Là est le cœur du film : la sublimation de la souffrance par la danse est abordée comme un tremplin vers la liberté, la réalisation de soi et le partage.

 

Maya Cozier - She Paradise Short Film Trailer from Maya Cozier on Vimeo.

 

Le female gaze ou l’art de se réapproprier l’histoire caribéenne contemporaine

Ce film, réalisé et écrit par des femmes, brosse l’expérience de femmes qui dansent et s’assument financièrement avec leur art. Maya Cozier filme de telle façon que les spectateurs ressentent ce que traversent ces femmes dans leurs corps et dans leurs vécus. Le cinéma contemporain nomme cette nouvelle façon de produire des images et de raconter des histoires, le female gaze.

Qu’est-ce que le female gaze ? C’est précisément l’art de fabriquer des histoires cinématographiques où aucun genre, féminin ou masculin, n’est filmé comme un objet ou comme un support d’identification.

Le female gaze, c’est mettre le spectateur et les personnages sur un pied d’égalité : la personne spectatrice ressent avec les personnages les émotions qu’ils vivent.

Les danseuses ne sont jamais filmées comme des objets ou des créatures dansantes mystérieuses. Au contraire, tout au long du court-métrage, le groupe de danseuses professionnelles conquiert sans cesse son indépendance en cultivant leurs désirs et leurs talents, selon une échelle de valeurs qui exclut le jugement des hommes. Le regard et le jugement des hommes sont perçus comme un challenge pour parvenir à d’autres fins.

Le récit se déploie ainsi avec économie, pour prendre le temps de ressentir, tout en assumant une identité esthétique féconde et sans excès. Les décors, la musique, les silences et les regards se répondent donnant au film l’allure d’une confidence franche, naturelle et libérée. Ce qui frappe à l’image, ce sont les nuances d’émotions qui dessinent, au fur et à mesure, le lien entre Sparkle et Mica, dans l’admiration et le respect l’une de l’autre. Mica se chargeant elle-même de prendre le pouvoir en assumant son corps, sa sexualité et ce que son corps et ses mouvements provoquent sur scène et en dehors de la scène. 

L’énergie positive de Mica irradie le court-métrage, montrant à Sparkle que les limites sont seulement des peurs à dépasser.

 

Retrouvez She Paradise sur la plateforme Online African Film Festival (OAFF) toute l’année : 

https://player.oaff.watch/

Pour suivre l’actualité de Maya Cozier : https://www.mayacozier.com/

Suivez aussi l’actualité des danseuses originaires de Trinidad, protagonistes du film, sur leur instagram : @ohhh.nessa @dindincandance @melanesian__ @d_original_kimbo

 

 

Sidney Cadot-Sambosi - rédactrice Cinewax

 

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés

français fr