Pavillon Afriques à Cannes : quand le continent se conjugue au pluriel

Le Pavillon Afriques, c'était la première tente du marché du film consacrée exclusivement au commerce du contenu télévisuel et cinématographique du continent africain et de ses diasporas.

 

 

Cette année, l’ambition du pavillon était de créer une plateforme internationale permettant aux professionnels de l’industrie du film venant d’Afrique et de ses diasporas (les Caraïbes, les Etats-Unis, l’Amérique du Sud et l’Europe) de venir présenter leur travail, leurs aspirations, discuter de leurs attentes et de leurs futurs projets. C'était la première fois qu'une telle initiative voyait le jour au festival de Cannes. Lors des éditions précédentes, il y avait déjà eu des pavillons consacrés à des pays africains : le pavillon du Kenya, celui du Nigéria, celui de l’Afrique du Sud, du Cameroun, du Maroc etc. Mais jamais un pavillon regroupant plusieurs pays d'Afrique en incluant les diasporas. Pour mieux vous immerger dans l’effervescence et l’ambiance du Pavillon Afriques, Cinewax a recueilli pour vous les retours d’expérience de quelques professionnels du cinéma.

 

  • Soraya Milla : réalisatrice et productrice

"Pour moi ce Pavillon Afriques au pluriel est très important car je suis une française d’origine bénino-camerounaise qui a grandi entre la France et le Côte d’Ivoire. Aujourd’hui je travaille depuis la France mais j’ai une société de production basée en Côte d’Ivoire. Ainsi, j’estime que j’incarne un peu la diaspora et l’Afrique dans toute sa pluralité. Le Pavillon Afriques est un pavillon où je me suis sentie la bienvenue avec ce type d’histoire et de parcours. Il y a enfin un pavillon qui nous inclut ! En 12 jours, j’ai rencontré énormément de personnes importantes en termes de business venues directement du continent africain. Je n’en ai jamais autant rencontré en 5 ans de carrière. Ce pavillon est un accélérateur, un catalyseur de tous les talents des professionnels que j’ai besoin de rencontrer. Finalement le système de pavillon par pays ne fonctionnait pas vraiment. C’est ensemble qu’on est plus fort. L’union fait la force ! »
    • Malcolm Bigyemano : scénariste et réalisateur ougandais.

    « Plus de 20 pays anglophones réunis dans une même tente, cela me paraissait d’abord réducteur (Africa Is Not A Country!). Mais après avoir constaté à quel point le festival de Cannes était blanc et élitiste, je suis heureux que nous ayons été regroupés. Cela nous a donné une réelle solidarité et une base pour explorer le reste de cet endroit étrange qu’est Cannes. Avant d’arriver sur place, je pensais que la tente était plus grande. Maintenant, je me rends compte que ce lieu à taille humaine et intimiste a permis à beaucoup de délégations différentes sans expérience préalable de Cannes, d’avoir un impact maximum en organisant de manière centralisée leurs rencontres et leurs panels.

    Je me suis rendu compte que l'Afrique est un continent diversifié, mais que nous avons plus en commun les uns avec les autres qu'avec le reste du monde cinématographique en termes de culture et de contexte. De plus, l'enthousiasme suscité par les projets et les initiatives mis en évidence nous montre que le continent africain est notre marché le plus prometteur. C'est une source de collaboration et même d’investissement. Les relations que j’ai nouées qui me paraissent les plus utiles, significatives et durables au festival de Cannes sont celles que j’ai nouées au Pavillon Afriques. »

     

    Le bilan de cette première fois est donc très positif. Que ce soit en termes de discussions, de connections, de projets naissants, de contrats de travail ou encore de visibilité pour l’ensemble des participants. Pendant le festival, il y a ainsi eu la signature d’un accord de coopération pour la co-production et la distribution entre le Kenya, la Tanzanie et le Nigéria. C'est une initiative de très bon augure qui permettra plus d’échanges entre les distributeurs, les réalisateurs et les producteurs de ces trois pays.

    Les retombées sont également intéressantes en ce qui concerne l’approche du marché international c’est-à-dire des acheteurs et vendeurs de films (distributeurs et diffuseurs) venant d’Asie (Chine, Japon, Thaïlande, Vietnam), d’Europe du Nord, et des Amériques. Beaucoup sont venus au Pavillon Afriques pour recueillir des contacts.

    Beaucoup de pays représentés au Pavillon Afriques sont désormais très engagés dans le soutien de leurs industries du film locales. La comédienne, productrice et réalisatrice ghanéenne Juliet Asante, a par exemple présenté une proposition à la chambre générale des représentants de son pays demandant à ce que soit créée dans le budget général du Ghana une option spécifique pour les secteurs artistiques.

    Nous espérons donc que ce Pavillon Afriques sera reconduit en 2020 avec des perspectives toutes aussi positives !

     

    Sidney Cadot-Sambosi - rédactrice Cinewax

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