Liyana : transformer ses douleurs pour forger de nouveaux rêves

Liyana (2018) est un film documentaire qui raconte l’histoire d’enfants orphelins vivant dans le même foyer, au royaume d’Eswatini (anciennement royaume du Swaziland), qui créent un conte original, avec l’aide de Gcina Mhlophe, célèbre auteure et conteuse sud-africaine. L’héroïne de ce conte est une jeune fille nommée Liyana. Son histoire est celle d’une quête périlleuse pour sauver ses jeunes frères jumeaux kidnappés, qui débute après la perte de ses parents et une attaque de bandits dans la maison familiale.

Le film retranscrit ce conte avec des scènes documentaires, dans lesquelles un groupe de cinq enfants nous raconte avec leurs propres mots le parcours de Liyana, et avec des séquences animées du conte.
 
Une ode lyrique où la résilience par l’art est flamboyante. Ce premier long métrage signé Amanda et Aaron Kopp est un chef-d'oeuvre.

 

Liyana. Crédit: Abramorama

 

Un nouveau genre de documentaire 

La comédienne et auteure Sud-Africaine Gcina Mhlophe est invitée au foyer pour orphelins Likhaya Lemphilo Lensha au royaume d’Eswatini pour animer un atelier de création. Elle guide les enfants dans leur création collaborative d’un conte de fées original nourri de leurs souvenirs les plus sombres et de leurs rêves les plus brillants. Ils inventent un personnage nommé Liyana, une fille résiliente dont les épreuves, les tribulations et les délices reflètent les leurs. Les illustrations animées de Shofela Coker sculptent, avec un style unique, le récit imaginé par les enfants pour leur héroïne. 

Les Kopp associent de manière lumineuse la documentation du processus de narration à un rendu animé du récit. L'esthétique de la coupe transversale du documentaire avec l'animation se déroule de manière transparente. La mise en abîme du film animé dans le film documentaire est très fluide et plonge le spectateur dans le monde et le regard des jeunes conteurs. 

Créé par l'artiste nigérian Shofela Coker et le compositeur sud-africain Philip Miller, le film d’animation semble être une extension de la vision des enfants plutôt qu'une simple interprétation de celle-ci. Ce qui rend vraiment Liyana captivante, c’est l’observation de l’enthousiasme et de la créativité des enfants, qui donnent vie au personage lorsqu'ils expliquent l’histoire au public. Ils sont pleins d'excitation et de malice dans leurs yeux et leurs gestes lorsqu'ils décrivent une bataille entre Liyana et un monstre troglodyte, ou les dangers que Liyana et son compagnon (un taureau géant) affrontent afin de mener à bien leur quête. 

 

Une création collective pour transfigurer les traumatismes

Les Kopps placent les enfants au centre du dispositif et le résultat est une composition lyrique. Mais ce n'est pas seulement un film sur un groupe enthousiaste de jeunes conteurs. C'est une célébration du pouvoir de l'imagination qui permet de transformer son passé douloureux en une énergie positive et créatrice. Le film réussit le pari de créer des liens puissants entre la narration, l'expérience humaine et la culture. 

Les expériences des enfants façonnent le récit de bout en bout : les problèmes de Liyana et sa famille commencent lorsque son père meurt du sida. De fait, la fiction n’est pas loin de la réalité car nos jeunes conteurs font partis des 200 000 orphelins du royaume d’Eswatini. Ce petit pays d’Afrique subsaharienne possède le taux d’infection par le VIH le plus élevé au monde. Interrogés individuellement, dans certaines scènes, les enfants décrivent les aspects les plus difficiles de l’histoire qu’ils ont imaginée. « Tout ne va pas dans la famille de Liyana », commente l’un des garçons.

En contraste, la vie communautaire au sein du foyer rural des enfants est particulièrement mise en avant dans les scènes où ils partagent les repas, jouent, travaillent le sol de la ferme, élèvent les vaches et nourrissent les cochons. Dans la fiction, Liyana rencontrera aussi de beaux moments et des panoramas splendides lors de son voyage à travers les montagnes environnantes, dans des versions animées plus stylisées. Son voyage implique la violence, la faim et le désespoir, mais aussi des lueurs de magie et d’humour parfois. Il y a des pauses dans l'action pour apprécier la beauté d'un lever de soleil ou la douceur d'une mangue mûre.

Le film témoigne également de l’importance des arts expressifs dans l'éducation. Ce qui est certain, c’est que si ces enfants prennent plaisir à nous enchanter, ils renouent aussi avec le pouvoir d’écrire leur propre histoire individuelle.



Liyana est un premier long-métrage époustouflant et exquis qui a connu un succès retentissant dans des festivals du monde entier, notamment le London Film Festival du British Film Institute et le Doc Quinzaine du MoMA. Le film a reçu le prix du meilleur documentaire au Festival du film de Los Angeles et le Grand Prix du International Children's Film Festival. Un chef-d’œuvre brillant et magique. 

Retrouvez Liyana sur notre plateforme OAFF (Online African Film Festival) du 15 novembre au 15 décembre 2019 et profitez de plus de 30 films exclusifs sur le thème du rêve africain. 

https://oaff.cinewax.org/ 

 

Sidney Cadot-Sambosi, rédactrice Cinewax

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