Dhalinyaro, premier long-métrage djiboutien

Dhalinyaro (2017), en langue Somali, signifie la jeunesse. Le film raconte la vie quotidienne et les espoirs de trois jeunes lycéennes de la même classe, Asma, Hibo et Deka. Bien qu’elles soient originaires de milieux sociaux différents, une amitié profonde née entre elles pendant l’année de Terminale. L’intrigue se noue autour de ces trois amies de 18 ans avant leur examen du baccalauréat et leur entrée dans un nouvel avenir. Trois parcours de femmes djiboutiennes aux prises avec les réalités sociales et culturelles de leur pays. Dans un mouvement naturel, sans grand discours ni image choc, Dhalinyaro dépeint la jeunesse de Djibouti. Il est le premier long-métrage co-produit et réalisé par la pionnière du cinéma djiboutien, Lula Ali Ismaïl.

 

Photographie extraite du long-métrage "Dhalinyaro"

Djibouti : portrait d’une jeunesse bigarrée

L’intrigue se situe au moment charnière du passage à l’âge adulte et des choix à faire pour réaliser ses rêves, construire une vie amoureuse, s'assumer face aux parents, etc. Après le baccalauréat, Asma, Hibo et Deka sont confrontées à une question majeure : rester ou partir étudier en France ?
Le film déroule les interrogations et les ambitions divergentes de ce trio amical métissé. L’enjeu du départ et de la poursuite des études n’est pas vécu de la même façon dans leur foyer respectif. Pour Hibo et Asma, l’avenir est clairement en dehors de Djibouti. Pour Asma, c’est la seule façon de sortir sa famille de la pauvreté et d’entreprendre une vie adulte en dehors des frustrations. Pour Hibo, dont les parents ont un train de vie très confortable, c’est tout à fait normal d’aller étudier à Paris, comme sa grande sœur. Deka, quant à elle, prend le temps de réfléchir. Même si sa mère l’encourage et travaille d’arrache-pied pour que sa fille parte dans une université à l’étranger, Deka a à cœur d’aider ses voisins et ses compatriotes.
Trois figures de femmes que Lula Ali Ismaïl filme sans voile sur leur intimité, leur sexualité et leurs relations familiales. La réalisatrice nous offre un Djibouti à l’aune d’une jeunesse nouvelle, connectée au reste du monde, qui tient à préserver ses racines culturelles et sa façon d’expérimenter le monde.
Les corps des femmes occupent la plupart du temps le cadre de la caméra. Très peu de figures d’hommes sont explorées, quand elles le sont, c’est toujours à travers le regard d’une des protagonistes. C’est un des parti-pris du film : donner toute la place à la vision féminine et à l’expérience des femmes.
À travers, les trois amies, Lula Ali Ismaïl investit sa vision dans trois rapports au corps et trois interactions féminines avec la communauté, singulières, dépassant ainsi tous les préjugés.

 

Une fresque sociale et culturelle contrastée

Les trois jeunes femmes sont aussi traversées par des problématiques communes à tous les êtres : la liberté sexuelle, l’intégrité morale vis-à-vis du monde des apparences, etc. Asma, par exemple, est plus imprégnée par les valeurs morales et éthiques transmises par l’Islam. Tandis que Hibo grandit dans une famille ouvertement athée et riche.

À l’image d’Asma, Hibo et Deka, Djibouti est un pays marqué par des disparités sociales sévères. La scène avec le petit garçon cireur de chaussures témoigne de situations très difficiles pour une grande partie de la population. Cette scène est révélatrice d’un état de fait actuel : beaucoup de personnes sont en situation de pauvreté. D’un autre côté, tout le film nous rappelle que la richesse du pays, ce sont ces jeunes personnes, éduquées, ambitieuses et avides du pouvoir d’agir sur leur propre destinée.
Le film projette la problématique du devenir à travers la décision de Deka de poursuivre ses études universitaires à Djibouti et non à l’étranger. Son désir est de travailler dans le secteur des ONG et du développement. C’est pour cela qu’elle veut rester et apprendre à connaître son pays afin de mieux aider et soutenir ses compatriotes. Une décision rare parmi les élèves qui obtiennent le baccalauréat. Preuve que pour Deka, Djibouti est une terre d’avenir et qu’elle peut y investir sa confiance et ses capacités.
Les figures parentales et tutélaires sont aussi très différentes d’une famille à l’autre. Deka vit seule avec sa mère. Au contraire, Asma est l’aînée d’une grande famille unie et soudée en dépit des difficultés financières.
L’enjeu du scénario ? Briser les images d’Épinal à propos d’un pays dit en voie de développement dont la population est en grande partie de confession musulmane.

Ce premier long-métrage djiboutien puise sa richesse dans les aspirations, les travers et l’héritage de la société djiboutienne. À travers un regard neuf - sans être innocent - de 3 jeunes femmes, Lula Ali Ismaïl capture le spectre panoramique de Djibouti.
Aux Sotigui Award 2019, Amina Mohamed Ali est sacrée meilleure actrice africaine pour son interprétation du personnage de Deka.
Un bel ouvrage, exaltant, à voir sans attendre.

Retrouvez Dhalinyaro sur notre plateforme OAFF (Online African Film Festival) jusqu’au 30 décembre 2019 et profitez de plus de 30 films exclusifs sur le thème du rêve africain.

https://oaff.cinewax.org/

 

Sidney Cadot-Sambosi, rédactrice Cinewax

3 commentaires

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  • lHqPNsaFwfTEhXKg

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  • Bonjour, merci beaucoup pour l’article ! Attention toutefois : le film date de 2019. Merci !

    INCLUSIVE DC

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