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My love Ethiopia, l'histoire d'un pays à travers le conte

« Gabrielle Tesfaye est une artiste interdisciplinaire versée dans la peinture, l'animation, le cinéma, la marionnette et l'installation interactive. Elle est née à Milwaukee en tant qu'Américaine de première génération, d'un père éthiopien et d'une mère jamaïcaine » sont les premiers mots de la biographie de Gabrielle Tesfaye que l’on peut lire sur son site internet éponyme.

De ses nombreux talents est né en 2020 Yene Fikir, Ethiopia (Mon amour, Éthiopie), un court-métrage d’animation qui suit une jeune fille séparée de sa famille après les violences de la « Terreur Rouge » des années 1977 et 1978 en Éthiopie. Pendant sa fuite à travers le désert brûlant, elle reçoit l’aide et la protection de plusieurs anges et d’une déesse ancestrale. Grâce au pouvoir de son krar magique, la lyre d’Éthiopie, elle découvre en elle-même des pouvoirs cachés qu'elle ignorait pour surmonter sa souffrance.

Gabrielle Tesfaye mêle ainsi ses encres noires, ses aquarelles, et mille et un symboles aux archives d’époque pour retranscrire la mémoire malmenée d’un pays dont la souffrance passée habite encore le présent.

 

Requiem pour la vie et la mort

La réalisatrice construit son film comme une quête de mémoire. Elle commence par l’invocation des absents et des esprits à travers les éléments de la nature (l’eau, l’encens, la terre) et de la culture (livre, objets artisanaux) afin de remonter le temps et d’infiltrer les récits tus d’un douloureux passé.

Ensuite, le maître des histoires et du temps nous invite à suivre une jeune fille poussée à quitter sa famille pour fuir la répression militaire de 1977-1978. 

 


 

Ici, quelques données historiques sont importantes à rappeler pour mieux comprendre l’origine des documents d’archives que la réalisatrice intègre à sa fiction. Au lendemain de la révolution de 1974, le gouvernement impérial éthiopien est renversé et remplacé par le Dergue, le président Mengistu Hailemariam, qui dirige l’Éthiopie d’une main de fer jusqu’à sa chute en 1991. En mars 1977, trois ans après son arrivée au pouvoir, il casse des bouteilles remplies de liquide rouge (représentant le sang de ses ennemis) devant une foule immense sur la place Meskel, à Addis-Abeba. Ce geste inaugure un état de "Terreur Rouge" (Qey Shibir en amharique) contre ses adversaires politiques. 

Entre 1977 et 1978, des milliers d'étudiants, de jeunes hommes et de jeunes femmes mourront sur tout le territoire. Exécutions extrajudiciaires de masse, détentions politiques, disparitions forcées et tortures deviennent monnaie courante. Dans un théâtre de violence élaboré, les autorités gouvernementales n’autorisent pas les familles des victimes à récupérer le corps de ces dernières sans rembourser au préalable les balles utilisées pour les tuer. 


Encore aujourd’hui, le silence pèse sur cet épisode sanglant dont l’histoire reste à éclairer et les principaux responsables à juger. Rappelons à ce titre que Mengistu Hailemariam jouit toujours d'une protection nationale et d'une vie confortable au Zimbabwe, où il s'est échappé en 1991.

Tout au long de sa fuite dans le désert, la jeune fille sera aidée et guidée par des anges et une mystérieuse déesse, gardienne de la mémoire collective d’Éthiopie. Grâce à elle, la nouvelle réfugiée parvient à rester en vie et à transfigurer sa souffrance en redécouvrant la résilience des nombreuses femmes puissantes qui ont bâti l’Éthiopie : la reine de Saba, Hélène d'Hadiya, Taytu Betul, entre autres. Avec ses nouveaux pouvoirs, la jeune femme accède au soulagement de son âme et de celles des défunts : la fleur de vie renaît en elle.

 

 

 

Le conte : l’art de changer les dispositions de l’âme

Gabrielle Tesfaye enracine ses recherches artistiques dans la diaspora africaine, les anciennes pratiques de marionnettes et la narration culturelle polymorphe.

Avec la présence du krar, la lyre d’Éthiopie, des éléments surnaturels et imaginaires du conte, elle nous fait entrer dans un univers intérieur où il est possible de conjurer les limites de la réalité. Ce conte animé est dédié aux morts et disparus mais également aux vivants capables de puiser la force de guérir les maux de leur pays dans leur héritage.

En associant les arts du dessin, de la peinture, du chant et du conte merveilleux, Gabrielle Tesfaye nous enseigne que la quête de la liberté est une reconquête de nos forces intérieures et collectives. 


Cette jeune fille qui échappe à la répression pour trouver la paix et la liberté finit par découvrir sa propre capacité de résilience. Les pouvoirs magiques qu’elle se réapproprie ne sont autres que la magie de son sang et les lègues de ses ancêtres. Désormais, forte de ses nouvelles connaissances, cette jeune femme n’a plus peur de poursuivre un voyage plus grand, celui de sa vie.

Regarder ce court-métrage, c’est une manière de se regarder dans une forme différente, avec douceur, et d’accepter nos pouvoirs de guérison. Dans toutes nos histoires, l’imagination, ressort principal de ce récit animé, est notre faculté commune : quelque chose comme notre première faculté de soulèvement, notre première puissance libre de réorganiser le monde autrement.

 

Pour suivre l’actualité de Gabrielle Tesfaye: : http://www.gabrielletesfaye.com

 

Visionnez le film Mon amour, Ethiopie en ligne sur notre plateforme OAFF ici  

 

Sidney Cadot-Sambosi, rédactrice Cinewax 

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